Archives mensuelles : mai 2014

De l’altérité jusque dans mes rêves

Cet après-midi, je me suis adonnée à une sieste suite à une séance de débroussaillage. Rien ne m’épuise davantage que la confrontation pendant une heure avec cet appareil bruyant et la seule façon d’apaiser mon corps et mon bras crispés sous l’effet des vibrations du moteur est de m’abandonner ensuite à la langueur de la sieste. Dans la demie conscience qui précède le réveil, il m’est venu l’image d’une photographie de poupée revêtue de vêtements fabriqués dans des fibres élastiques. Ces poupées figuraient sur les produits de la marque Novélastic, créée par l’entreprise Thuasne dans les années 1970, où mon père officiait comme cadre.

Je retrouvais cette sensation rare de l’enfance, cette contemplation proche de la méditation où rien n’existe d’autre que l’image et ce qu’elle évoque pour l’enfant qui l’observe. J’observais les yeux bleus et les cheveux de cette poupée, son regard fixe et perçant, son sourire énigmatique, proche de celui de la Joconde, les rayures de son vêtement. Elle portait une espèce de poncho bleu marine et blanc assorti d’une jupe. J’avais vu cette image dans mon enfance car mon père – dont j’ai aussi rêvé la nuit passée – rapportait des modèles à la maison pour nous demander ce que nous en pensions.

Mais qu’est-ce que ce souvenir d’enfance vient donc faire sur un blog dédié au multilinguisme ? se demandera le lecteur étonné, et ce d’autant plus que j’ai commencé il y a quelques semaines un article sur la méthode de français pour adultes migrants mise au point avec Brigitte Frères et que je n’en ai toujours pas rédigé la deuxième partie.
Je réponds donc à l’éventuel lecteur dérouté, d’une part, que je poursuivrai l’article sur la méthode de français lorsque j’aurai fini la rédaction du master de recherche dans lequel je suis engagée et, d’autre part, que le présent article a pour visée une écriture récréative bienvenue depuis six semaines que je suis immergée dans la tentative de rédaction d’un écrit scientifique.
Le lecteur curieux de comprendre la finalité de cet article va néanmoins découvrir que du multilinguisme à la tolérance, il n’y a qu’un souffle, celui qui permet l’échange avec l’autre, avec la vie dans toute sa diversité (ce qui est aussi le sujet de mon master).

Dans mon demi réveil donc, je me suis donné l’ordre de trouver le sens de l’apparition de cette image de poupée qui me faisait penser à une dame allemande (comprendre l’association poupée-dame allemande relève d’une autre démarche qui n’a pas sa place dans ce blog). J’ai ensuite parcouru mentalement les images de l’imagier multilingue Bon appétit Suzy, paru en 2006 et je me suis souvenue que, lors de sa conception, j’avais voulu évoquer des sensations venues de l’enfance, en m’attachant, avec l’illustratrice Anne Lefebvre, à imaginer un décor qui, petite, m’aurait fait voyager dans d’autres vies que la mienne.

Avec Anne, nous avions choisi des ustensiles de différents pays ou régions : un couteau de cuisine portugais, un micro-onde chinois, un égouttoir alsacien, un balai portugais, une cafetière italienne. Quelle chance, me suis-je dit au sortir de mon rêve, d’être née et d’avoir préservé cette conscience de la pluralité qui me traverse, à l’image de cette poupée que j’imaginais allemande, de ce balai africain, de ce couteau portugais, de ces objets venus de partout qui remplissent nos maisons.

Qu’elle chance d’être née avec cet appel vers l’autre et cette conscience de l’autre en moi quand tant d’êtres humains – ceux qui par exemple, ont voté le 9 février contre l’immigration massive des étrangers en Suisse – la rejettent. En ce qui me concerne, je n’ai pas ce travail d’éradication de la peur à accomplir, j’en ai d’autres, mais pas celui-là.

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