Nouvelle méthode de français pour adultes migrants

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J’ai rencontré Brigitte, l’auteure et la conceptrice de cette méthode, il y a plus de trois ans, à Bienne, en Suisse. Elle enseignait le français à Bienne tandis que je commençais à la fois un master de FLE à l’Université de Besançon (FR), et à enseigner le français  à des femmes migrantes, à Porrentruy (CH) . Mes élèves avaient des parcours très différents : venues d’Erythrée, de Colombie, de Turquie ou de Grande-Bretagne, certaines n’avaient jamais été scolarisées, d’autres possédaient un titre universitaire obtenu dans leur pays. Il fallait tout imaginer, tout concevoir, s’adapter aux écarts de niveau dans une même classe, piocher ça et là dans des méthodes conçues pour un public vivant en France, choisir entre des méthodes d’alphabétisation, de grammaire, jongler, suivre les unes lettre après lettre, tout en stimulant les autres qui s’interrogeaient avec pertinence sur les nombreuses exceptions aux règles du français, les faire rire, les faire parler, toutes mais pas en même temps.  Je ne voyais pas l’heure passer tant il y avait à faire mais je quittais le cours dynamisée par les échanges tout en rêvant à l’outil qui me permettrait de faire progresser méthodiquement chaque élève à son niveau.

Cette méthode, Brigitte l’a faite et j’en ai assurée la direction éditoriale.

 

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l’arbre timbré (suite illustrée de Timbrés et fiers de l’être)

l'arbre timbré (suite illustrée de Timbrés et fiers de l'être)

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03/21/2014 · 15:10

Timbrés et fiers de l’être …

… est le titre d’un projet scolaire et transdisciplinaire reliant la langue française -et les variétés du français, les langues, l’histoire, la géographie, le dessin, le graphisme, réalisé avec des élèves de 8-10 ans dans le cadre de la semaine de la Francophonie. La démarche reposait sur une approche interculturelle invitant à une réflexion sur l'identité à partir de l'observation de timbres, supports multifonctionnels et véhiculant de nombreuses informations sur l'identité d'un pays, d'une culture, marqueurs de liens entre ici et là-bas, porteurs de différents langages.
Le timbre est un bon support pour réfléchir sur le langage dont il réunit à lui seul deux fonctions importantes : communiquer et représenter.
L'objectif était d'amener chaque élève à s'interroger sur son identité : qu'est-ce que c'est ? Qui suis-je ? Si j'étais un timbre, comment pourrais-je me représenter ? Sous quelle forme artistique, graphique et en quelle(s) langue (s) ?
Les élèves ont donc observé des timbres suisses et étrangers, des écritures en différentes langues et dans différents alphabets. Ils ont réfléchi sur les langues et le langage et sur les outils nécessaires pour se présenter chacun sous la forme d'un timbre.
Les timbres ont été accrochés à un arbre devant le lycée cantonal de Porrentruy, arbre pré-pascalien (car en Alsace voisine, on suspend des œufs et autres décorations aux branches). Les magnifiques rubans (hélas peu visibles sur les photos) viennent de la mercerie de la vieille ville à Belfort : http://www.merceriedelavieilleville.com

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Participants : 60 élèves des classes de 5e et 6e de Porrentruy, Courtedoux et de Courgenay dans le Canton du Jura suisse.

 

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Émergence de la langue ancestrale

J’ai créé les éditions Migrilude par instinct. Mais qu’était-ce que cet instinct et d’où venait-il ? Au-delà de l’envie d’éditer, je ressentais le besoin impérieux de créer des livres plurilingues et de valoriser le plurilinguisme.

Née dans une famille française monolingue, j’ai d’abord cru que l’appel vers l’étranger, entendu depuis toute petite et auquel j’ai en partie répondu par des études de langues, était la réponse à cette pulsion éditoriale. J’ai ensuite cru qu’ayant fait naître des enfants dans un contexte bilingue français-italien, conséquence logique de l’appel, je tenais là la deuxième réponse à ma pulsion.

Lorsque Thi Lan, bibliothécaire jeunesse à Paris, me raconta que certains enfants chinois scolarisés à l’école française enseignaient le français à leurs mamans à partir des imagiers anglais-chinois qu’ils empruntaient, cela me toucha au-delà de l’entendement et je résolus d’éditer des imagiers français-chinois.
Lorsque ma mère me raconta, quelques années après le témoignage de Thi Lan, que c’était elle qui avait appris à lire et à compter à sa mère, je sus pourquoi les propos de Thi Lan m’avaient tant marquée et que se trouvait là la troisième réponse à ma pulsion éditoriale : rendre hommage à ces enfants alphabétisant leurs parents.

Mais il est une réponse encore plus fondamentale que ces trois-là, que j’ai récemment conscientisée.

Les parents de ma grand-mère paternelle étaient juifs polonais du côté paternel et juifs alsaciens du côté maternel. Ces derniers parlaient français, alsacien et peut-être mon bis-arrière grand-père lisait-il hébreu, étant donné qu’il officia à la synagogue de Dunkerque pendant plus de 40 ans.

Mes aïeux juifs polonais, quant à eux, venaient de Lódz qui, au XIXe siècle, était une ville multiculturelle et multilingue où le polonais, le russe, le yiddish, l’allemand étaient parlés communément dans la vie privée, sociale et économique.
La langue maternelle de ces aïeux était le yiddish. Le grand-père de ma grand-mère, Salomon étudiait les textes sacrés en hébreu. Étant fournisseuse en fourrage pour les régiments du Tsar, Rachel, son épouse, connaissait sûrement un peu de russe, langue administrative de l’époque. Vivant parmi des Polonais, la famille devait aussi parler polonais. N’étant pas loin de la frontière prussienne, l’allemand était certainement une langue de contact. Lorsqu’ils émigrèrent en France, ils durent apprendre le français ou du moins, le comprendre mais le yiddish resta la langue familiale. Et si les parents n’apprirent pas formellement le français, leurs enfants le firent.

Je viens donc d’une configuration généalogique de famille d’immigrés polonais telle que la décrit Christine Deprez dans son ouvrage, Les enfants bilingues : langues et familles (Didier, 2012) :
– la première génération migrante de la fin du XIXè siècle est riche d’un répertoire linguistique varié avec le yiddish, l’hébreu, le polonais, le russe, etc.
– Avec la deuxième génération, les enfants sont bilingues yiddish-français, ils maintiennent la culture juive polonaise, ils épousent des Français-e-s et demandent la naturalisation.
– La troisième génération est française, les enfants sont nés et scolarisés en France, ils sont monolingues et reçoivent peu d’éléments de la culture juive polonaise ou s’ils les reçoivent, ils les rejettent.
Ils ont à leur tour des enfants français, athées, auxquels ils ne transmettent rien ou si peu de la culture d’origine hormis une ou deux recettes culinaires. Puis ils ont des petits-enfants dont moi, qui grandis dans un univers strictement français, avec la sensation que le plurilinguisme est l’évidence alors que la société dans laquelle je grandis s’échine à faire du monolinguisme la norme ambiante.

Du côté de cette parenté émergent deux langues ancestrales, le yiddish et l’hébreu, dont je ne sais rien. En revanche, l’instinct et la pulsion plurilingue, ainsi que la prégnance du livre comme support de médiation, m’ont été transmis par-delà les générations.
C’est ainsi que je réponds à la question sur l’origine de mon instinct éditorial plurilingue.

Note : pour qui voudrait en savoir davantage sur l’essor étonnant de la ville de Lódz au XIXè siècle, je renvoie à la lecture du livre fascinant de Joshua Israël Singer : Les Frères Ashkenazi.

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La langue maternelle par Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld est écrivain, né en Roumanie en 1932. Sa langue maternelle était l’allemand, il parlait yiddish avec ses grands-parents, il écrit en hébreu.

« Tout immigrant porte en lui deux langues, deux paysages, un monde duel. […] En ces années 1946, [L’Israël] était idéologique et l’idéologie exigeait : ‘Parle hébreu !’ ‘Oublie, oublie ton passé, oublie ta langue maternelle, oublie ta personnalité.’ Moi et ma génération, nous avons refoulé tout ce qui était en nous et sur cette croûte, à la surface de la conscience, nous avons construit une autre vie non reliée au passé. […]

Un homme qui perd sa langue maternelle est infirme pour la vie. La langue maternelle, tu ne la parles pas, elle coule. La langue acquise, tu dois sans cesse veiller à ce que rien d’étranger n’y pénètre. »

 

Extrait du film : D’une langue à l’autre, de Nurith Aviv, 2004. http://nurithaviv.free.fr/

 

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nouvel album bilingue allemand-français

nouvel album bilingue allemand-français

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12/11/2013 · 20:09

nouvel album bilingue turc-français

nouvel album bilingue turc-français

Les enseignants des classes maternelles bilingues à forte concentration d’élèves turcs demandent aux éditeurs de faire paraître des albums bilingues. En voici un publié par Migrilude. A paraître le 16 décembre 2013.

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12/11/2013 · 20:07

Ce langage qui nous a bercé

Lors d’une rencontre avec des enseignants autour du plurilinguisme, j’ai entendu cette exclamation : «  La maman est turque hein, mais elle parle français. Eh bien, je l’ai entendue, dans l’école, qui parlait turc à son fils ! »

Laissons répondre Gilles Verbunt, auteur de La société interculturelle (Seuil, 2001) à cet outrage :

« Le langage maternel était présent pour nous dès notre conception. Les premiers soins, les premières caresses, les dressages de départ, que nous avons reçus ou subis, étaient accompagnés de paroles dans le langage maternel. Habituellement, ces gestes provoquent chez nous des sentiments d’affection et de sécurité jusqu’à la fin de notre vie. Cette fonction, le langage l’a en commun avec les odeurs des corps avec lesquelles nous avons été en relation, avec les arômes de la cuisine, ou encore avec l’imprégnation par la vue d’un paysage que l’on appelle à juste titre : familier. Ce langage, qui nous a bercé, est la base sur laquelle se construit notre affectivité, et il est criminel d’en priver quelqu’un sous prétexte qu’il doit chercher à s’intégrer ailleurs. »

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Hommage à Eric Hawkins

 

 En 1984, Eric Hawkins, enseignant en Grande-Bretagne, publia un livre majeur sur l’enseignement du langage qui fit l’objet de maintes rééditions. Il a pour titre Awareness of Language : An Introduction, et je trouve dommage qu’il n’ait pas été traduit en français car la démarche est généreuse, le contenu passionnant et 30 ans plus tard, toujours d’actualité, en France comme dans bien d’autres pays.

Hawkins entreprit la rédaction de son livre suite à la parution du rapport Bullock (A Language for Life, 1975) fruit d’une enquête sur les raisons de l’échec de l’enseignement de l’anglais en Grande-Bretagne. En effet, en 1972, le département de l’éducation et la presse s’alarmaient du fait, que cent ans après l’instauration de l’enseignement obligatoire, l’école avait failli à sa mission d’alphabétisation de tous et que les élèves qui ne maîtrisaient pas la langue étaient condamnés à l’échec.

Les conclusions alarmantes du rapport Bullock ne rassurèrent pas l’opinion publique. Ce rapport contenait pourtant nombres de propositions intéressantes qui ne furent pas suivies d’effet mais qu’Hawkins reprit et chercha à promouvoir dans son livre. 

L’objectif d’Hawkins était d’attirer l’attention des parents et du monde scolaire sur l’intérêt d’enseigner le langage – et non pas seulement la langue anglaise – à tous les enfants. Une idée à la fois simple et révolutionnaire connue désormais sous le nom de « awareness of language » qu’il développa tout au long de son ouvrage et qu’il concrétisa en publiant de petits fascicules thématiques (Pupils’ Topic Books) prêts à l’emploi.

La générosité de la démarche d’Hawkins consiste – d’une part – à créer des passerelles (bridge the gap) entre l’enseignement de l’anglais et celui des langues étrangères, lequel s’accompagne d’une réflexion indispensable sur le langage (il propose notamment de faire des expériences en grammaire comme l’on fait des expériences en physique) et d’un travail d’éradication des peurs liées aux langues étrangères, à la différence.

Hawkins propose, d’autre part, un processus d’accompagnement des parents dans leur mission de la transmission de la langue par la lecture, qu’elle que soit leur langue d’origine.

Il préconisa un enseignement transversal du langage dans le cursus scolaire, allant de la fin du primaire au début du secondaire. Des expériences fructueuses ont eu lieu en Grande-Bretagne à l’époque, je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui. Il serait temps de s’en inspirer ailleurs.

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3 classes + 17 langues = 1 imagier plurilingue

Image Lorsque nous avons conçu l’imagier en 17 langues, nous sommes parties de la réalité présente dans les 3 classes maternelles d’une école publique, située dans un quartier multiculturel au cœur d’une ville.

C’est à Genève que cette opération fut possible grâce à la participation enthousiaste d’enseignantes, de formatrices, de bibliothécaires. Elles ont accepté de partir dans cette entreprise  téméraire qui consistait à créer un imagier plurilingue à partir des objets de la classe et des langues d’origine des élèves.

Les objectifs étaient simples :

–          Intégrer les familles et – notamment les familles allophones – dans un projet valorisant leurs langues

–          Créer un pont entre l’école, la maison et la bibliothèque (les 3 lieux fondamentaux du développement socio-cognitif-affectif-culturel de l’enfant)

–          Discuter sur les langues, autour des langues, se raconter (en famille, entre familles, à l’école, dans l’espace public de la bibliothèque)

–          Eveiller les élèves à la diversité linguistique et culturelle

–          Développer la curiosité des élèves pour les langues présentes dans leur environnement

–          Proposer un outil pratique et progressif d’activités d’éveil aux langues à faire en classe, à la maison, à la bibliothèque.

Chaque élève était à la fois sujet, auteur et relai du projet. Il a en réalisé les illustrations, il a été en l’intermédiaire auprès de ses parents (pour notamment collecter les traductions des objets illustrés), et le bénéficiaire – puisqu’il a reçu un exemplaire du coffret (lors d’une fête interculturelle) comme remerciement pour son implication.

Le guide pédagogique de cet imagier est disponible ici (fichier à télécharger en bas de la page) : http://edu.ge.ch/imagierplurilingue/

 

 

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